ACTUALITÉS, PORTRAITS

                                                                                           

SYLVAIN BERGERON : Poète du luth

Depuis toujours, Sylvain Bergeron est fasciné par le contexte historique de ce qui l’entoure.

Rêvant, enfant, de devenir archéologue, il se dirige ensuite vers la musique à la manière de la plupart des adolescents, par le biais de la guitare.

Il se passionne alors pour des groupes comme Jethro Tull, Gentle Giant et Genesis, apprenant par cœur des albums entiers, tels Thick as a Brick et Fox Trot.

Le musicien se souvient bien du jour précis où il décide de passer de la guitare au luth. Écoutant des disques de la collection de son frère Alain, parmi lesquels se retrouvent des œuvres de Bartók, Bach et Stravinsky, il tombe par hasard sur un enregistrement de musique de troubadours avec Thomas Binkley. « Ç’a été toute une révélation, nous apprend-il, de découvrir le son des instruments médiévaux, leurs nuances, leur langage, la créativité des interprètes, leur liberté ! Enfin, c’était la ‘vraie affaire’ que je cherchais, j’ai eu la conviction que c’était ma voie. » Il s’applique donc à apprendre à lire la musique et prend des cours, pour ensuite se consacrer complètement au luth et à sa famille d’instruments. Sylvain Bergeron étudie par la suite avec Paul O’Dette et Eugène Dombois. Il est cofondateur en 1991 de l’ensemble La Nef et dirige plusieurs de leurs productions, dont Perceval, La Quête du Graal, Montségur, Le Jardin des délices et Musiques pour Jeanne la Folle.

Décrit comme un « orfèvre dactyle » (La Presse), Sylvain Bergeron est aussi passé maître de plusieurs autres instruments à cordes pincées tels le théorbe, le oud et la guitare baroque. Il est fort sollicité tant comme soliste que comme chambriste et a accompagné parmi les plus grands, tels Jordi Savall, dans les plus prestigieuses salles du monde, dont le Concertgebouw d’Amsterdam, la Salle Gaveau à Paris et le Lincoln Center de New York. Bien sûr, en tant que luthiste, il a accompagné aussi bien sur disque qu’en concert de nombreux chanteurs étoiles tels Emma Kirkby, David Daniels, Daniel Taylor, Suzie LeBlanc, Vivica Genaux, Agnès Mellon et Charles Daniels.

Luisa Trisi

Traduit par Jacques-André Houle


Février  2008

DAVID JALBERT: Brouiller les pistes  

À l’heure où une cohorte de jeunes pianistes inonde la scène de musique classique, David Jalbert fait figure d’électron libre.

Né à Rimouski (Québec) en 1977, le pianiste multiplie les propositions originales et s’approprie un répertoire, qui, s’il contredit son jeune âge, lui vaut les éloges du public et de la critique. Son talent exceptionnel et sa forte personnalité ont été soulignés par de prestigieuses récompenses, notamment le prix Virginia Parker 2007, remis par le Conseil des Arts du Canada.

Musicien parmi les plus doués de sa génération, David Jalbert obtenait – à seulement 21 ans - une maîtrise de l'Université de Montréal, accompagnée de la Médaille d'Or du Gouverneur général du Canada. Il détient également deux Artist Diploma, un de la Juilliard School (New York); un autre de la Glenn Gould School (Toronto).

En 2004, naturellement disposé à sortir des sentiers battus, David Jalbert consacre son premier album aux œuvres des compositeurs contemporains John Corigliano et Frederic Rewski. Deux ans plus tard, il enregistre un second disque : les Nocturnes de Gabriel Fauré. Pour sa première collaboration avec ATMA, le pianiste opte pour les 24 Préludes et Fugues opus 87 de Chostakovitch, un choix audacieux pour un aussi jeune musicien, une autre preuve de son individualité.

Vu ses nombreux engagements  - une série de récitals présentés en tournée dans les Maritimes (Canada), des concerts avec la violoncelliste et complice de longue date Denise Djokic et des spectacles avec son trio Triple Forte – Jalbert passe de longues heures dans les aéroports. Toujours un livre sous la main, il profite de ces plages de temps libres en lisant des auteurs comme Charles Dickens, Virginia Woolf, John Updike, Umberto Eco et Antonine Maillet. Parmi ses récentes lectures, Jalbert a particulièrement apprécié Le Roi des aulnes du Français Michel Tournier, écrivain reconnu pour ses interprétations non-conformistes des mythes et légendes.

À l’image ses goûts littéraires, ses choix en termes de cinéma et de musique sont éclectiques et étendus. Si ses programmes de concert incluent des compositeurs comme Beethoven, Chopin, Fauré et Ligeti, le contenu de son iPod compte les David Bowie, Björk, Rufus Wainwright, Sonic Youth ainsi que des maîtres du blues comme B.B. King, Robert Johnson et Muddy Waters.

Évitant le confinement à un créneau unique, David Jalbert refuse aussi les étiquettes. « Je m’intéresse aux limites entre ce qu’on nomme l’art mineur et le grand art, la musique populaire et la musique classique. De quoi s’agit-il en réalité ? Les frontières ne sont pas aussi claires que plusieurs aimeraient le croire et c’est justement cette ligne trouble que je veux continuer d’explorer. »  

Luisa Trisi

Traduit par Marie-Élizabeth Roy


                                                                                       

Prix OPUS

Lauréat

An 11 - 06 / 07

Interprète de l'année LES VOIX HUMAINES

Susie Napper & Margaret Little 

Allocution lors du Gala Opus du 27 janvier 2008:

On a comparé le jeu de ces deux grandes dames de la viole de gambe à des trapézistes, et leur complicité télépathique à celle d'un duo de jazz! En 2007 s'est achevé pour elles un long voyage musical; elles ont livré le dernier volume de leur intégrale des Concerts a deux violes esgales du Sieur de Sainte-Colombe. Quatre volume, huit disques, soixante-sept titres d'oeuvres, une quarantaine de jours d'enregistrement et d'innombrables concerts.  

Concerts a deux violes esgales Volume IV

 

ACD2 2378

 


Christopher Jackson, visionnaire                                       

Difficile de décrire en quelques mots un homme aussi talentueux que Christopher Jackson et de prendre la mesure de son influence tant ses réalisations sont nombreuses. Disons d’abord que l’homme est organiste, claveciniste, chef d’orchestre, directeur artistique, professeur et mentor.

Véritable pionnier dans la diffusion de la musique ancienne au Canada, il s’avère, en plus, un infatigable détective, fouillant les bibliothèques à la recherche de partitions oubliées ou non encore publiées. Aidé de musicologues et d’historiens, Christopher Jackson continue de dénicher des trésors qu’il s’empresse de ressusciter pour notre plus grand plaisir.

Jouissant d’une renommée internationale, Christopher Jackson a été invité à diriger de prestigieux ensembles en France, en Belgique et en Espagne, notamment l’opéra Orfeo de Monteverdi lors d’une imposante tournée française en 1998.

En 1999, la Laurentian University (Ontario) lui remettait un doctorat honorifique en reconnaissance de sa contribution au monde de la musique.

Le domaine de la musique ancienne, aujourd’hui si florissant à Montréal, doit beaucoup à Christopher Jackson. En fondant le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM) en 1974, Jackson visait juste; un des premiers concerts de l’ensemble attire plus de 400 personnes, un nombre considérable à une époque où le Canada s’éveille à peine à la musique ancienne. La création du Studio suscite un tel engouement au Québec et au Canada, qu’on assiste par la suite à l’émergence de plusieurs ensembles dédiés à ce répertoire. En plus d’être partagée, sa passion s’est révélée contagieuse…

Christopher Jackson a aussi mené une brillante carrière académique. Doyen de la Faculté des Beaux-Arts de l’Université Concordia de 1994 à 2005, il fut l’un des instigateurs d’un partenariat inédit entre les facultés des Beaux-arts et d’ingénierie. Celui-ci donnait naissance, en 2005, au pavillon intégré Génie, informatique et arts visuels, un bâtiment ultra-moderne équipé d’installations de pointe, destinées autant aux médias traditionnels (arts d’impression, fibres, photographie et histoire de l’art) qu’aux nouveaux médias et aux technologies numériques.

Toujours à l’Université Concordia, Christopher Jackson pilote un plan de développement majeur - le Projet Sœurs grises - qui, à long terme, vise à transformer un édifice patrimonial, soit la Maison mère de l’Ordre des Sœurs grises, en une école d’arts unique en son genre en Amérique du Nord.

Toutes ces entreprises stimulantes n’entravent nullement sa carrière musicale ; Christopher Jackson continue de proposer de magnifiques programmes de concerts et d’enregistrer ces bijoux sur disque avec le Studio de musique ancienne de Montréal. Leur dernier album paru sous étiquette ATMA, Roma Triumphans [ACD2 2507], fait revivre la glorieuse tradition polychorale de la Ville éternelle à l’apogée de la Renaissance. On anticipe déjà le prochain !

 Visitez: http://smam-montreal.com/

Luisa Trisa

traduit par: Marie-Élizabeth Roy


Pleins feux sur Janina fialkowska

La pianiste Janina Fialkowska dégage une sérénité et une grâce ne laissant pas deviner le train de vie chargé imposé par une carrière internationale d’interprète tant au concert que sur disque. Au cours de la présente saison, elle offrira des récitals à Rome, Toronto et Londres, aussi bien que des concerts avec orchestre un peu partout en Amérique du Nord, en Europe et au Japon. Pourtant, le jour après son récital le mois dernier pour Music Toronto, quelques minutes seulement avant d’entrer en studio pour une entrevue radio en direct sur Classical 96.3 FM, elle semblait davantage préoccupée par le bien-être de ses invités en attente. Son affabilité est si contagieuse qu’après seulement deux minutes d’entrevue, des auditeurs appellent pour avoir des détails sur sa discographie, dont la plus récente parution la fait côtoyer les Chambristes du Canada dans les concertos pour piano K. 413 et 414 de Mozart arrangés pour piano et quintette à cordes (ATMA SACD2 2531).

Autrefois protégée d’Arthur Rubinstein, Janina Fialkowska déploie aujourd’hui un art d’autant plus étonnant qu’elle a dû marquer un hiatus important à la suite de l’ablation d’une tumeur agressive dans son bras gauche. Après la chirurgie, une patiente réadaptation et dix-huit mois à ne s’attaquer qu’au répertoire pour une seule main, elle a repris sa carrière avec l'usage de ses deux mains lors d’un émouvant récital couronné de succès en Allemagne, en 2004. Fidèle à ses habitudes, Mme Fialkowska conserva tout au long de ces épreuves une attitude positive, comme elle l’expliqua au Telegraph de Londres : « Il m’a fallu six mois de rééducation musculaire avant de jouer avec aplomb. Il me fallait ordonner à ma main de s’exécuter et je devais pencher mon corps beaucoup plus à gauche. J’ai dû réapprendre des pièces que je jouais depuis l’âge de 10 ou 11 ans, réduire de six à trois heures mes pratiques quotidiennes et me concentrer sur moins d’œuvres plutôt que de tout accepter. Cela eut finalement un effet tout à fait salutaire, en m’apportant une manière fraîche d’aborder mon jeu. »

Mme Fialkowska a aussi profité de sa guérison afin de remettre sur rails Piano Plus, un projet initié en 1994, sous le nom Encore Six, visant à faire tourner les artistes canadiens dans les communautés rurales et à initier écoliers et adultes à la musique classique. Son remarquable dévouement dans ce projet, ainsi que ses interprétations émouvantes et poétiques des répertoires des XIXe et XXe siècles lui ont valu plus tôt ce mois-ci le Prix Paul de Hueck et Norman Walford de réalisation professionnelle en interprétation au clavier, décerné par le Conseil des arts de l’Ontario. C’est la première fois depuis 1998 que ce prix d’une valeur de 10 000 $ est accordé à un pianiste.

Bien que son parcours lui fasse désormais envisager sa vie sur scène et dans le studio d’enregistrement avec plus de philosophie, le trac la guette toujours avant de jouer : « Il m’arrive encore d’être nerveuse à l’occasion, mais à la différence qu’aujourd’hui, je suis plus reconnaissante. »

Visitez www.fialkowska.com

Luisa Trisa,

traduit par Jacques -André Houle


  La Fortune favorise La Rota

Le temps où les ensembles de musique ancienne devaient revêtir le costume d’époque pour convaincre leur public est bel et bien révolu. La Rota, un groupe de musiciens dans la vingtaine composé de Sarah Barnes, Émilie Brûlé, Tobie Miller et Esteban La Rotta, gratifie la musique médiévale d’une approche à la fine pointe de la technologie : un blogue et un profil sur MySpace, un site Web aux allures branchées, et d’envoûtantes photos noir et blanc ornent son premier disque, sous étiquette ATMA, Heu Fortuna. La Rota a eu droit à un article de fond dans la revue Early Music America en plus de remporter le concours 2006 de musique médiévale et renaissante pour ensembles nord-américains de celle-ci, et ce, après seulement sa quatrième année d’existence.

Au-delà du soin apporté à son image, La Rota s’appuie sur un solide bagage académique. Trois de ses quatre membres poursuivent ou ont obtenu un diplôme de troisième cycle à l’étranger. « Nous voulons correspondre à notre image, celle d’être jeunes, dynamiques et bien de notre temps. Nous ne nous déguisons pas ni ne tentons de recréer une ‘image’ du passé. Mais cela ne signifie nullement que notre approche est dénuée d’assises académiques ! Nous cherchons à élaborer des programmes équilibrés et bien fouillés en travaillant sur des fac-similés et en intégrant les plus récentes recherches sur l’interprétation historique, tout en s’assurant qu’ils soient accessibles à un large public. », précise Tobie Miller (flûte à bec, vielle à roue et soprano).

Tobie Miller est confiante que la musique médiévale peut se forger un public au-delà des fervents de la musique ancienne. En effet, Heu Fortuna propose un grand éventail de musiques qui vont de la chanson courtoise aux danses enlevées en passant par des satires sociopolitiques sous forme de motets du XIVe siècle. « Dans son ensemble, explique Tobie Miller, la musique médiévale semble exercer un attrait presque universel. Lorsqu’ils entendent l’expression ‘musique médiévale’, bien des gens pensent immédiatement au chant grégorien. Ceux-ci sont donc assez surpris de découvrir à quel point le répertoire médiéval est riche et varié. » Lors de sa récente entrevue dans Early Music America, la soprano Sarah Barnes s’est dite du même avis : « Beaucoup de nos concerts ne visent pas spécifiquement les amateurs de musique ancienne, mais plutôt le public en général, qui ne connaît pas tous les détails historiques mais qui se prend à dire, “Eh ! ça sonne vraiment bien, j’aime son groove.” »

Avec son nouveau disque, qui rallie déjà la critique, ses concerts prévus cette saison aux États-Unis et au Canada, et un avenir plus que prometteur, La Rota semble véritablement dans les bonnes grâces de la Fortune.

 Luisa Trisi


Traduit par
Jacques-André Houle  

 


  Pleins feux sur Kiya Tabassian

Comment un musicien né en Iran, essentiellement autodidacte, et se spécialisant en musique persane ancienne se retrouve-t-il au Canada, y enregistrant un album de son jarocho mexicain ? Pour Kiya Tabassian, le directeur artistique de l’ensemble Constantinople, l’aventure débute en 1990 lorsqu’à 14 ans il émigre à Montréal. Kiya est influencé par les sonorités de son nouvel environnement : la musique contemporaine, l’improvisation libre, ainsi que le riche héritage de la musique ancienne qu’il découvre lors de ses études au Conservatoire. Il se sent aussi redevable aux nouvelles langues qu’il acquiert : le français et l’anglais. « L’apprentissage de nouvelles langues, dit-il, élargit les horizons d’un adolescent, et à plus forte raison d’un musicien. Parler d’autres langues, à la fois verbales et musicales, m’a ouvert bien des portes. »

Bien que Kiya considère sa rencontre avec ses collaborateurs mexicains de Terra Nostra, José Angel Gutierrez et Teresita de Jesús Islas, comme le fruit de « ce mystérieux labyrinthe universel du hasard », les parallèles entre les deux traditions musicales semblent les prédestiner à faire de la musique ensemble. Le son jarocho mexicain et la musique classique persane ont tous deux des racines profondes et enchevêtrées, et requièrent en concert une improvisation élaborée. Avec Terra Nostra, Kiya Tabassian a rapproché les traditions de deux continents et l’écart des siècles.

Kiya Tabassian et Constantinople mèneront Terra Nostra en tournée dans la grande région de Montréal en décembre 2007, puis de nouveau en mars 2008. Ils se feront aussi entendre à Toronto, les 8 et 9 février 2008, et à Winnipeg, le 12 avril 2008. Restez au courant de tous les événements de Constantinople : visitez le site www.constantinople.ca

Luisa Trisi

traduit par Jacques-André Houle

  

 

 








































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