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Lewis Furey , piano & voice

21/10/2017

Brahms sur scène, sur disque, grâce à Lewis Furey

Lewis Furey aime acheter des partitions pour le plaisir de découvrir la musique autrement qu’en l’écoutant. C’est ainsi que le musicien s’est imprégné des compositions de Leonard Bernstein formant la comédie musicale West Side Story et qu’un beau jour, il est tombé en amour avec les lieder de Johannes Brahms.

Le répertoire de l’Allemand lui était familier, mais surtout les œuvres orchestrales et celles destinées aux chambristes. Or, il a trouvé une parenté entre l’homme qui a créé près de 200 lieder au cours de sa carrière et sa propre vocation de faiseur de chansons. « Comme moi, il a fait ça toute sa vie. À mes yeux, c’est un “songwriter” modèle », a décrit le Montréalais mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Sa formation classique avait été centrée sur l’apprentissage du violon, mais sa maîtrise du piano lui a permis de prêter vie aux lieder. Il l’a d’abord fait à la maison, pour le cercle des intimes, puis en public, à l’occasion d’une série de concerts livrés dans la Métropole. C’est à ce moment qu’ATMA Classique a exprimé le désir de réaliser un enregistrement, lequel est disponible depuis vendredi. Le titre : Haunted By Brahms.

C’est Lewis Furey qui a sélectionné les 17 titres qui figurent sur l’album, le dernier faisant figure d’exception parce qu’il est de lui. Il s’agit de Haunted, une chanson tirée de son deuxième disque, The Humours Of Lewis Furey, sorti en 1976. L’écoute de ce vinyle aux accents brechtiens permet de constater que cet air est différent des autres, en ce sens que l’enveloppe est dépouillée.

« Il s’agit d’un piano-voix que j’ai intégré à la série de concerts portant sur les lieder de Brahms, au moment du rappel. C’est ma femme, Carole (Laure), qui m’avait convaincu de le faire et j’ai repris la chanson sur l’album », raconte l’artiste. Il a également planché sur les textes, à partir de traductions anglaises et françaises. L’objectif était de les mettre à sa main, tout en leur conférant une facture contemporaine.
« Ce sont des textes à moi, puisque je me suis donné une marge créative. À travers la musique de Brahms, je voulais montrer comment chaque génération peut adapter les poèmes. C’est une façon de découvrir de quelle manière ils nous parlent aujourd’hui, une liberté que j’ai revendiquée, en même temps qu’une forme d’appropriation culturelle », fait observer Lewis Furey, dont les versions comportent des références relativement récentes, notamment aux Beatles.

Là encore, il trace un parallèle avec ce que faisait le compositeur de Wiegenlied en son temps. Lui aussi affectionnait les airs populaires, les danses folkloriques en vogue dans les pays de l’Europe centrale. Et quand il choisissait les poèmes appelés à devenir des lieder, ce n’était pas la notoriété de l’auteur qui le guidait. Il fallait que le texte lui parle et rejoigne la sensibilité du moment.

C’est pour cette raison que ceux qui ont été regroupés sur l’album évoquent des thèmes comme l’amour inaccessible, l’amour perdu, l’amour à conquérir. La mort rôde entre les lignes, parfois aussi les résonnances de l’inconscient, dont Freud venait de révéler l’existence. « Les gens qui écoutent ces lieder les trouvent modernes. Depuis l’époque de Brahms, la chanson populaire n’a pas changé tant que ça », estime Lewis Furey.

Il souligne du même souffle qu’au 19e siècle, la parution de nouveaux lieder constituait un événement comparable à la sortie de l’album d’une vedette rock. On se précipitait chez les marchands de musique en feuilles pour jouer ces airs à la maison, d’autant qu’ils étaient à la portée des pianistes du dimanche. « Brahms a fait le nécessaire pour qu’ils soient accessibles. Un type comme moi, avec un bac en musique, peut les faire. Ce n’est pas comme ses concertos », avance l’artiste.

Maintenant que l’album est disponible, il souhaite reprendre l’interprétation des lieder partout au Québec, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région qu’il a visitée à maintes reprises pour des raisons familiales, sans jamais s’y produire en spectacle. « La forêt m’inspire et me rapproche de Brahms, indique Lewis Furey. Il a souvent composé l’été, pendant ses vacances dans la forêt Noire, et a mis en musique plusieurs textes qui abordaient ce thème. »

D’autres projets solliciteront son attention, dont une nouvelle collection de chansons qui devrait voir le jour d’ici à deux ans. Enfin, il a l’intention de porter à la scène Night Magic, un film musical sorti en 1985. C’est lui qui en avait assuré la réalisation, en plus de composer la musique. Les textes avaient été écrits par Leonard Cohen.

Daniel Côté - Le Quotidien

 

22/10/2017

Habité par la musique de Brahms

 Lewis Furrey nous a donné rendez-vous au Théâtre Outremont, à Montréal. C’est à cet endroit précis, il y a environ un an, que le temps qu’il a consacré à l’étude des lieder de Brahms — échelonné sur une décennie — s’est finalement canalisé dans un spectacle piano-voix intimiste, un projet qui possède désormais son pendant sur disque.

Le regard étincelant, pages de musique en main, le musicien aurait pu nous parler durant des heures de sa passion pour les œuvres de Brahms, décédé en 1897. Difficile de croire qu’il y a une dizaine d’années, lorsqu’il s’est procuré son premier cahier de lieder (terme que l’on peut traduire par chanson, en allemand), il l’avait fait un peu par obligation, au nom de l’art.

« C’est un peu comme pour les amateurs de littérature qui se disent qu’ils n’ont aucune envie de lire du Proust, mais qui font un effort pour découvrir son œuvre », a-t-il expliqué, avec un sourire.

« J’ai toujours aimé, en tant que violoniste, jouer du Brahms, mais les lieder me repoussaient. Je ne sais pas pourquoi. Ce n’est que lorsque j’ai acheté les premières partitions que je me suis mis à adorer », a-t-il ajouté.

« En faisant mes recherches, j’ai découvert que Brahms voulait que les gens achètent ses partitions. Il publiait six à dix chansons dans un cahier, tous les deux ans. Il s’adressait directement aux gens. Ça m’a beaucoup plu. »

L’embarras du choix
Intitulé Haunted By Brahms, le disque que nous présente le musicien est composé des 16 morceaux qu’il avait interprétés sur scène dans le cadre de sa série de concerts à l’Outremont, l’an dernier.

En plus de s’en être approprié l’interprétation, le chanteur, reconnu pour sa voix mystérieuse et unique, a lui-même traduit leurs paroles de l’allemand vers l’anglais. Rappelons que le compositeur créait ses chansons sur des poèmes qui l’inspiraient, et ce, sans égard à la renommée de leurs auteurs.

« Je lisais les traductions littéraires, question de comprendre les paroles des chansons, et puis j’ai adoré ça. Je suis devenu un fan à ce moment-là, au moment où j’ai pu tout comprendre », a-t-il raconté.

Selon l’artiste, la formule piano-voix pour laquelle il a opté, sur les planches et sur disque, correspond davantage à ce que Brahms avait imaginé pour ses quelque 200 chansons (vous avez bien lu).

« Ces chansons, ce sont des chansons confessionnelles. Il les a créées pour que les gens puissent les chanter dans leur salon. Ça n’a rien à voir avec les artistes aux grandes voix qui font la tournée des salles d’opéra avec des lieder, même s’ils ont des instruments magnifiques », a-t-il souligné.

« Je ne suis pas un pianiste ou un chanteur classique, mais je crois que je les présente de la façon qu’il le souhaitait, a-t-il poursuivi. Je chante comme je parle, comme n’importe qui qui ne chante pas faux. Ce n’est pas une voix de concertiste. Ce que je propose, c’est plus intimiste. »

Parlant d’intimité, l’artiste se dit même ouvert à offrir des concerts dans les salons des gens qui souhaitent se regrouper pour l’accueillir, dans la foulée de la sortie de son disque. Des tournées au Québec et en Europe sont également dans sa mire.

Leonard
Il y a bientôt un an nous quittait le grand Leonard Cohen, avec qui Lewis Furey a eu la chance de travailler sur Night Magic, comédie musicale parue en 1985.

Alors que les hommages au poète fusent de toute part, dans la métropole (l’exposition Leonard Cohen – Une brèche en toute chose, inaugurée le 9 novembre au Musée d’art contemporain, et le concert Tower of Song présenté au Centre Bell le 6 novembre, entre autres), le musicien dit être toujours aussi absorbé par l’œuvre de son ami disparu, lui qui s’est récemment replongé dans ses recueils de poésie.

« Je suis fan de son œuvre depuis l’âge de 16 ans. À l’époque, je découvrais un poète anglophone d’ici qui parlait de la rue Sainte-Catherine, par exemple. C’était super. Je les connaissais par cœur, ses livres de poésie », a indiqué celui qui est rapidement devenu l’un de ses élèves.

« Au fil du temps, nous sommes devenus amis. J’étais éboulis par ses textes même lorsque nous avons fait le film ensemble, a-t-il ajouté. Je suis toujours ébloui par la qualité de son travail. Le fait que ça ait pénétré la culture populaire à ce point, c’est fantastique. »

Vanessa Guimond - Le Journal de Montréal Pour see the page: HERE