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Livret
Francis Poulenc: Intégrale des mélodies pour voix et piano

Diapason
1 décembre 2014

4 diapasons/5
Technique 4/5
C'est du Québec que nous arrive la cinquième intégrale des mélodies de Poulenc. Contrairement aux précédentes, elle réunit des interprètes ayant tous le français pour langue maternelle. Rien d'étonnant pour ce morceau d'Amérique qui défend notre langue bec et ongle. On aimerait que la prise de son place un peu moins au second rang Olivier Godin qui, au clavier, n'a rien à envier à l'autorité de ses aînés, tour à tour guilleret, désinvolte, grave, mélancolique, sensuel.C'est d'ailleurs lui qui a reconstitué la Chanson d marin que fredonne Yvonne Printemps dans le film Le Voyage en Amérique (1951), la plus intéressante des trois babioles inédites que le Poulencomane dénichera ici. Péchés de jeunesse que les deux autres: Poulenc avait treize ans lorsqu'il se frotta aux vers de Victor Hugo pour Viens! Une flûte invisible, dont il fit présent à sa soeur pour son mariage; et dix-neuf lorsqu'il griffonna une Petite Complainte a cappella en guise de lettre à la libraire Adrienne Monnier.
François LeRoux, parrain de l'entreprise, apparaît ici mieux capté et accompagné que dans l'intégrale Decca, plus fatigué aussi. On goûte le burlesque de Toréador ou de Fêtes galantes, les subtilités debussystes du Poulenc adolescent. Mais pour la verve des Chansons villageoises ou la rêverie des Apollinaire, il faudra s'accomoder d'une voix qui se dérobe (Sanglots de Banalités, Il pleut de Calligrammes). Peut-être aurait-il mieux valu laisser La Fraîcheur et le feu à Marc Boucher, qui défend avec flamme et tendresse les autres cycles d'Eluard, et dont le timbre laisse deviner, en plus effilé et fringant (tendez une oreille au délicieux Rosemonde), celui d'un Pierre Bernac au sommet de ses moyens.
Honneur aux dames: c'est à elles que l'on doit les plus éclatantes réussites de l'entreprise. Pascale Beaudin arbore le sourire d'une maman dans les comptines de Jaboune, et voyez comme elle se garde d'alanguir Les Chemins de l'amour tout en les parant de divins legatos. Hélène Guilmette caresse de ses lèvres carmin Fiançailles pour rire et les Trois poèmes de Louise Lalanne; sa Dame de Monte-Carlo a fière allure, il lui reste à se relâcher davantage. La palme revient à Julie Fuchs dont les Trois Poèmes de Louise de Vilmorin sont idéalement frémissants et lumineux, les Cinq poèmes de Max Jacob fabuleux de candeur (écoutez Cimetière, Souric et Mouric). Exhaustivité, charme, fraîcheur: l'intégrale à acquérir en priorité si l'on en veut une, ses rares faiblesses étant faciles à compenser.
François Laurent - Magazine Diapason