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Mathieu; Rachmaninov: Concertos pour piano

The WholeNote
2 octobre 2017

Jean-Philippe Sylvestre is the recipient of many prestigious Canadian and international piano performance awards. His new recording André Mathieu – Concert de Québec, Sergei Rachmaninov Piano Concerto No. 2; Orchestre Métropolitain, Alain Trudel (ATMA ACD2 2763) is an important document for several reasons. It presents this extraordinary artist in an impressive light, revealing his technical power and profound musicality.

It also brings back to the Canadian recording marketplace the rare music of a young 13 year old André Mathieu, trapped with his family in North America by the outbreak of the Second World War. The simple version of the story is that the young Canadian composer won the New York Philharmonic’s Composer Competition celebrating the orchestra’s centennial. His subsequent work fared less well, but his Piano Concerto No. 3, written in 1942-43 and eventually renamed Concerto de Québec so as to work better as a film score, is now winning renewed admiration. The score used for this recording is deemed fairly complete and authentic, based on the original score for two pianos. Still, a definitive final version is currently underway and is promised for a couple of years hence.
There’s no mistaking the affinity Mathieu’s music has with Rachmaninov’s. Mathieu’s mother long cherished and promoted the undocumented notion that Rachmaninov had seen young Mathieu’s scores in Paris and responded flatteringly to them. True or not, this music restores a creative work that brought musical life to an early French Canadian film. It’s big, gorgeous and so very Hollywood. Sylvestre and Trudel have produced a superb disc! 

Alex Baran - The WholeNote

Le Journal de Montréal
9 septembre 2017

Jean-Philippe Sylvestre; Orchestre Métropolitain - Alain Trudel
André Mathieu

Et si nous faisions notre rentrée sous le signe du romantisme ? En attendant le nouveau disque du pianiste Alain Lefèvre qui sera consacré au compositeur et pianiste André Mathieu, laissons la place au brillant pianiste Jean-Philippe Sylvestre. Sous la direction du chef d’orchestre Alain Trudel et de l’Orchestre Métropolitain, il livre une version saisissante et amoureuse du célèbre Concerto de Québec. Avec une intensité palpable, très cinématographique, il fait preuve de finesse et de transparence. C’est véritablement un grand moment. 

Christophe Rodriguez - Le Journal de Montréal

Le Devoir
9 septembre 2017

Un vent frais souffle sur André Mathieu
Le Québécois reçoit la reconnaissance simultanée de deux pianistes. Passionnante comparaison.

Dans ce disque, Alain Lefèvre ne cesse de grandir Mathieu.
En fin de semaine paraît chez Analekta, sous les doigts d’Alain Lefèvre, le Concerto no 3 d’André Mathieu, deux semaines après un nouvel enregistrement du Concerto de Québec par Jean-Philippe Sylvestre, publié sur étiquette ATMA. Or, ce Concerto no 3n’est autre qu’une nouvelle édition du Concerto de Québec.

Il fut un temps où Alain Lefèvre considérait qu’il en avait assez fait au Québec pour raviver la flamme d’André Mathieu. Il lui restait néanmoins une dernière pierre à apposer à l’édifice. Il en avait parlé au Devoir en ces termes en février 2015 : « Je suis reparti à la guerre en confiant au compositeur et chef d’orchestre Jacques Marchand le mandat de refaire au complet la partition d’orchestre du Concerto de Québec, qui est une catastrophe, afin que, d’ici 18 mois, nous ayons un concerto qui puisse être présenté à travers le monde avec une partition digne de ce nom. »

Dans cette même entrevue, Lefèvre réitérait une fois de plus sa désolation de ne voir aucun pianiste reprendre le flambeau, alors que « Mathieu fait partie intégrante de l’histoire du Québec ».

Et voilà qu’en 15 jours tout se réalise. Jean-Philippe Sylvestre, lauréat du prix Virginia Parker 2008 du Conseil des arts du Canada, se lance pour ATMA dans une intégrale des oeuvres concertantes de Mathieu en jetant un regard neuf sur le « vieux » Concerto de Québec. Au même moment, la partition nouvellement réalisée peut être entendue de tous grâce à un CD Analekta. Un vent frais souffle sur André Mathieu. Reste à savoir qui le fait souffler le plus fort.

Un même matériau

Tout ce qui concerne André Mathieu semble si confus que ce sont désormais les gros traits qui, quitte à choquer ou à schématiser, nous paraissent les plus à même d’introduire un peu de clarté.

D’abord, André Mathieu n’est pas un « compositeur » au sens classique du terme. C’est un — formidable — « accoucheur de mélodies », qu’il enfile comme des perles. Mais une composition, c’est une structure. Mathieu est incapable de structurer de larges partitions au sens savant du terme.

Second point, Mathieu n’est pas orchestrateur. Les compositions orchestrales (agencement, instrumentation) sont de Giuseppe Agostini, révisées par Marc Bélanger pour le Concerto de Québec, ou par Gilles Bellemare pour la Rhapsodie romantique et le 4e Concerto. Lorsque 12 pages manuscrites, représentant une minute de musique, plus quelques esquisses sonores enregistrées, deviennent un allegro con fuoco avec orchestre de 11 minutes, qui est le compositeur ? Qui doit-on applaudir ? Mathieu ou Bellemare ? Les deux sans doute…

Le troisième point tient aux appellations : La Symphonie romantique pour piano et orchestre (Concerto de Québec) enregistrée en mai 1978 par Philippe Entremont et leConcerto de Québec d’Alain Lefèvre et Yoav Talmi sont grosso modo la même oeuvre. Le Concerto no 3 en do mineur, op. 25, partage le même matériau musical, mais dans une nouvelle orchestration de Jacques Marchand, et restaure des passages coupés par André Mathieu, lorsque le Concerto no 3 de 1943 est devenu en 1947 le Concerto de Québec, musique du film La forteresse.

En résumé, pour ceux qui connaissent le Concerto de Québec, le Concerto no 3 (36 minutes contre 26 minutes) est un Concerto de Québec délayé. Alain Lefèvre insiste beaucoup sur les faiblesses du 3e mouvement du Concerto de Québec, qui le rendrait impropre à l’exportation. Ce n’est pas un mythe que les partitions du Centre de musique canadienne comportent des erreurs, mais elles pourraient être révisées. Et il n’est pas sûr qu’il y ait matière à délayage. Certes, le Concerto no 3 est plus« civilisé », plus « propre sur lui », mais je n’ai trouvé à l’écoute aucun passage injustement supprimé auparavant, et si des gaucheries disparaissent, d’autres apparaissent, telles des digressions faussement tchaïkovskiennes, dans le 1er mouvement.

La surprise Sylvestre

La juxtaposition de ces deux nouveaux enregistrements suscite l’une des réflexions esthétiques musicales les plus stimulantes de l’année. Et le poil à gratter se nomme Jean-Philippe Sylvestre. C’est peu dire que Sylvestre fait plus qu’accomplir les rêves les plus fous d’Alain Lefèvre. Non seulement il reprend le flambeau, mais il pose sur l’objet musical Concerto de Québec un regard radicalement neuf et diamétralement opposé.

Alors qu’Alain Lefèvre ne cesse de grandir Mathieu et de le tirer vers Rachmaninov, Sylvestre et Trudel parviennent à recréer une vraie atmosphère de musique de film des années 1940 et 1950. La seule intuition géniale du passage en concertino (petit groupe d’instruments) à 3 minutes 32 du 1er mouvement vaut son pesant d’or : en une fraction de seconde, nous voici plongés dans Dangerous Moonlight (1941), le film qui popularisa le Concerto de Varsovie. On retrouve la couleur de la musique de Don Gillis, de Ferdé Grofé, grands orchestrateurs américains de l’époque. Décapant le Concerto de Québec, Sylvestre et Trudel nous convainquent d’une certaine vérité stylistique totalement éludée auparavant.

Ironie suprême du calendrier, Alain Lefèvre, qui a passé sa vie à « anoblir » ce canevas en le jouant comme du Rachmaninov, abandonne cette partition et cette orchestration pour un texte sur mesure, plus classique, dans lequel « son » Mathieu de concert trouve son juste cadre esthétique.

Le hic, car il y en a un, c’est que les deux pianistes, tout comme Philippe Entremont jadis (une malédiction ?), livrent leurs visions sur des pianos indignes d’être immortalisés sur disque. On ne parle pas ici simplement de mauvais pianos ou de mauvais réglages, mais de problèmes majeurs d’accord : écoutez, par exemple, celui de Lefèvre entre 10 min 25 s et 10 min 55 s du 1er volet, ou celui de Sylvestre entre 2 min 14 s et 3 min 0 s du 3e mouvement. Les deux disques sont enregistrés en concert, apparemment sans grandes retouches, et l’enregistrement lointain et peu défini d’ATMA dessert un piano déjà peu gratifiant.

Pour Lefèvre, j’en reste donc sans regret au Concerto de Québec avec Talmi, un vrai et solide disque de studio au généreux et logique programme. En guise de commentaire du couplage de la nouveauté, je référerai à notre récent article « À quoi servent nos compositeurs ».

Christophe Huss - Le Devoir


La Scena Musicale
1 septembre 2017

**** / 5
Quebec child prodigy André Mathieu is paired with Russian giant of the piano repertoire Rachmaninov in this live recording made during the 2017 Festival Classica. There have always been comparisons between the two composers, but with the scattering of blues harmonies amid the late-Romantic language in the Concerto de Québec, you can hear the relationship between Mathieu and Gershwin as well.

Mathieu had a great amount of raw talent, but was unable to refine his style; this much is made clear by the juxtaposition on this record. The Third Piano Concerto was arranged for the 1947 feature film La Forteresse, and was apparently not to Mathieu’s liking; but it is how the Concerto de Québec has been passed down to us. It will be interesting to see how it differs from the version Alain Lefèvre discovered and will release later this year (see feature article).

It’s difficult when a piece – or in this case, the entire piano output of a composer – becomes associated with a single interpreter. Lefèvre was the one to revive the Concerto de Québec in 2003 with Analekta. Sylvestre contrasts his interpretation by taking the slow tempi (especially the second movement) a bit faster. It’s not incorrect, but it can be a bit jarring if you’re used to Lefèvre’s version. The challenge in the coming years for those who wish to perform Mathieu will be finding the composer’s voice within all of the rehabilitative work accomplished by Lefèvre.

This record is proof that Sylvestre is a star among us, giving lush, buoyant renditions of both works – refreshing since many pianists get bogged down in the slow movements. Alain Trudel steers the Orchestre Métropolitain through all the twists and turns of both concerti. A few times we drift a little off course in the transitions and overall the sound quality could have been better, especially in the higher strings; but all in all it’s not bad for a live recording.

Kiersten van Vliet - La Scena Musicale

ICI Musique
25 août 2017

Le pianiste québécois Jean-Philippe Sylvestre était au Festival Classica de Saint-Lambert (sur la Rive-Sud, dans la région de Montréal) en juin dernier. Il donnait alors un concert avec l’Orchestre métropolitain dirigé par Alain Trudel, lors duquel il a joué deux concertos romantiques parmi les plus généreusement mélodiques du répertoire : le deuxième de Rachmaninov et le Concerto de Québec d’André Mathieu. L’enregistrement de ce concert vient de paraître sous étiquette Atma.

Enregistré lors du concert donné le 1er juin 2017 à l’église de Saint-Constant, l’album Mathieu / Rachmaninov – Mathieu : Concerto de Québec, Rachmaninov : Concerto pour piano no 2 nous présente un Jean-Philippe Sylvestre démontrant pourquoi il fait une belle carrière internationale. Jean-Philippe construit un dialogue généreux et fertile avec l’orchestre.

La comparaison avec l’interprétation d’Alain Lefèvre du même concerto d’André Mathieu est inévitable. Sylvestre est plus pimpant, plus allègre. Là où Lefèvre appuyait (efficacement) sur le drame inhérent au destin tragique de Mathieu, son jeune collègue semble vouloir le ramener vers la lumière et souligner les éclats étincelants de la partition.

Le Concerto no 2 de Rachmaninov reçoit pour sa part une lecture convaincante de la part de Jean-Philippe Sylvestre. Le jeune homme n’est pas un interprète flamboyant, mais il nous invite à pénétrer avec lui dans l’univers de cette musique, subtilement, intelligemment, sans ostentation.
Nous entendons ainsi une partition irrésistible, jouée en toute simplicité, mais avec une passion agréablement canalisée par le doigté libre et fluide du jeune artiste.

Important bémol : la prise de son laisse à désirer. Froide et distante, elle nous offre, par exemple, des cors en déficit de rondeur et de velours sonore (cela est particulièrement évident dans certains passages). Ailleurs, c'est l'équilibre entre le piano et l'orchestre qui place le soliste en désavantage. On peut carrément le perdre dans la masse. Cela dit, on ressent efficacement le plaisir des spectateurs, qui devait être palpable lors de cette belle soirée de juin 2017 au Festival Classica.

Frédéric Cardin – ICI Musique