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Cavatine

ICI Musique
8 février 2019

Si vous ne connaissez pas déjà le violoncelliste canadien Cameron Crozman, croyez-moi, ça viendra! Et l’album Cavatine, qui vient de paraître sur Atma classique, pourrait bien être un premier (et positif) choc qui inscrira pour longtemps ce nom dans votre esprit.

Cameron Crozman
Le jeune artiste révèle cet amour de la musique française comme une évidence. Et, ma foi, c’en est une si l’on se fie à l’écoute de Cavatine, album impeccablement garni de certaines des plus belles pièces pour violoncelle du répertoire français de la première moitié du 20e siècle. Pourquoi? Parce que la fluidité musicale naturelle de ce jeune homme d’à peine 20 ans, l’impressionnante vivacité et l’irréprochable précision de ses coups d’archet (desquels ressortent des trésors de nuances subtiles, mais limpides et bien affirmées), tout cela est comme la recette idéale d’une parfaite transmission de l’essence de la musique moderne française.

Poulenc et Françaix, les néo-classiques, sont sérieux et malicieux à la fois, dans un équilibre qui sert idéalement la clarté de leur écriture. Debussy est à la fois tendre et grave, sombre et lumineux. La compétition est féroce ici, mais Crozman, 23 ans à peine, démontre une belle compréhension de tous les détours discursifs du langage debussyste. Il évite les pièges et se compare favorablement à de grands interprètes (on pense à Jean-Guihen Queyras, récemment).

Nul doute que plus il grandira en expérience, plus la pertinence de son interprétation prendra du galon et sera même appelée à approfondir notre propre appréciation de l’œuvre. En tout cas, c’est bien parti.

Les Chansons bretonnes de Charles Koechlin sont délicieusement naïves et irrésistiblement mélodiques, dotées d’une belle douceur pastorale et d’une mélancolie lunaire apaisante.

Le programme se termine par Louange à l’éternité de Jésus, un extrait du Quatuor pour la fin du temps, d’Olivier Messiaen. La pièce aux teintes modales (ce qui lui donne un caractère « ancien », voire mystérieux) est une prière exprimée avec lenteur, certes, mais aussi avec une intense conviction et une immuable détermination.

Il ne faut surtout pas oublier son partenaire, le pianiste Philippe Chiu, qui est non seulement un soliste qui épate de plus en plus les mélomanes, mais aussi un chambriste exceptionnel. La chimie entre les deux est complète.

Quelques détails sur Cameron Crozman :
• Il joue sur le violoncelle Stradivarius « Bonjour » (v. 1696) et l’archet Adam « Shaw » (v. 1830), tous deux prêtés par la Banque d’instruments de musique du Conseil des arts du Canada.
• Il a été l’un des six violoncellistes choisis pour la Classe d’excellence 2016-2017 de Gautier Capuçon à la Fondation Louis Vuitton.
• Il est lauréat du prix André-Bourbeau des Jeunesses Musicales Canada, et il bénéficie du mentorat du violoniste canadien James Ehnes.

 Frédéric Cardin - ICI Musique