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Livret
Romances pour voix et guitare

Le Devoir
8 novembre 2019

Cette proposition discographique est l’une des plus originales contributions à l’année Berlioz. Il s’agit du premier enregistrement mondial intégral des 25 pièces du Recueil de romances avec accompagnement de guitare. N’attendez aucune fulgurance berliozienne ici. Selon l’auteur du livret, ces transcriptions d’airs en vogue de l’époque à l’Opéra-Comique ont probablement « vu le jour avant le départ de Berlioz pour Paris (à la fin octobre 1821) ». La notice, qui détaille l’origine de ces bluettes, est un atout du projet, de même que les charmantes voix juvéniles, parfaitement choisies et captées, de Magali Simard-Galdès et Antonio Figeroa. La guitare de 1829 choisie par l’excellent David Jacques est idéalement dosée. Reste que la litanie de romances (il faut quasiment attendre la plage 16, et un air qui tient de la diatribe, pour qu’il se passe quelque chose) émouvait peut-être l’adolescent Berlioz à 17 ou 18 ans en 1820, mais présente aujourd’hui davantage un intérêt documentaire et historique que musicalement substantiel.

Christophe Huss - Le Devoir

 

ICI Musique
8 novembre 2019

Berlioz a la réputation d’un compositeur à la musique dense et complexe, parfois robuste. Ce n’est pas faux, mais il y a quelques zones d’ombre dans sa production qui, une fois révélées au grand jour, offrent une tout autre perspective sur sa personnalité. C’est le cas de ces délicieuses Romances pour voix et guitare, parues sous étiquette Atma et interprétées avec énormément de charme par la soprano Magali Simard-Galdès, le ténor Antonio Figueroa et le guitariste David Jacques.

Rien du Berlioz monumental ici. Pas de drame impérial du genre Les Troyens, ou La damnation de Faust, pas de foisonnement sonore à la Symphonie fantastique, pas de mélancolie soyeuse dans le style des Nuits d’été. Au contraire, une extrême simplicité, et même pas de sa plume, mais de celle d’autres artistes, car ces Romances sont des arrangements de chansons populaires ou d’airs d’opérettes très légers de l’époque ou Berlioz n’était encore qu’un jeune homme guilleret. Et vous savez quoi? On adore!

Ces petites « bluettes » (je dis ça avec beaucoup d’amour) sont irrésistibles et follement ravissantes. Magali Simard-Galdès, qui confirme de plus en plus l’immense talent qu’elle laissait deviner à ses débuts, chante ces petits bijoux avec une assurance et une luminosité idéales. Antonio Figueroa, avec sa voix de ténor ferme sans lourdeur, imprime parfaitement cette couleur « populaire » indispensable au caractère de ces chansons d’une autre époque, mais surtout d’un autre monde stylistique que les mélodies lyriques habituelles du répertoire français.

La guitare de David Jacques (qui date de 1829, l’adéquation est parfaite) soutient de façon très sensible les mélodies choisies par Berlioz. Berlioz, qui aimait la guitare et en jouait (il a même conçu sa Symphonie fantastique à la guitare!), a bien fait d’utiliser cet instrument pour accompagner les voix, plutôt que le piano. L’instrument à cordes pincées s’adapte bien plus naturellement à la nature légère des chansons. Le piano aurait transformé ces miniatures en exercices lyriques trop lourds pour leur bien. On dirait parfois même de petites chansons de troubadours, élégamment évocatrices.

Il faut dire que le compositeur a écrit ces arrangements comme des exercices pour ses cours de guitare! Certains sont même coécrits avec sa sœur, qui jouait de l’instrument elle aussi.

Quoi qu’il en soit, 25 romances pour voix et guitare de Berlioz, jouées par des interprètes aussi exemplaires et sensibles, c’est 25 fois plus de bonheur dans votre vie!

Frédéric Cardin - ICI Musique