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Suzie LeBlanc

 

Photo Tara McMullen

Si le chemin est une métaphore universelle de la route de la vie, alors le chemin le moins fréquenté en serait une qui conviendrait parfaitement au déroulement singulier de la carrière de la soprano Suzie LeBlanc. Elle s’est taillé l’un des profils les plus originaux parmi toutes les sopranos canadiennes, avec une carrière qui comprend non seulement des récitals et des représentations partout au monde avec des orchestres, des maisons d’opéra, des ensembles de musique ancienne, contemporaine et traditionnelle, mais aussi une prestation d’actrice fort encensée, dans le rôle principal du film de Rodrigue Jean Lost Song — nommé comme l’un des dix meilleurs films canadiens de 2008 par le Festival du film de Toronto. Lost Song a aussi remporté le prix City of Toronto-City tv pour le Meilleur long métrage canadien au Festival.

Ayant aussi complété le célèbre pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (connu aussi simplement comme « el camino »), il n’est pas étonnant que l’exploration des sentiers de la vie soit non seulement une métaphore puissante de la carrière de Suzie LeBlanc, mais aussi une profonde source d’inspiration. D’ailleurs, la marche constitue un parallèle entre Suzie et la poétesse américaine lauréate d’un Pulitzer Elizabeth Bishop (1911-1979), qui occupe ces temps-ci une grande partie de ses énergies.

Suzie est codirectrice artistique et l’une des forces vives derrière EB100 : Le Centenaire d’Elizabeth Bishop, une ambitieuse initiative internationale soulignant cette année la vie et l’influence de l’artiste. Cette célébration multidisciplinaire vise à susciter des créations partout au Canada et particulièrement dans les Maritimes. EB100 comprendra des collaborations avec de nombreuses organisations artistiques, dont Scotia Festival, Viewpoint Gallery, Symphony Nova Scotia, de même que des festivals littéraires, de films et des compétitions de prose, soulignant ainsi « son influence tentaculaire sur des artistes en tous genres », nous dit Suzie LeBlanc. « Sa célébrité se développe de manière exponentielle, et l’on découvre à quel point elle a pu marquer profondément plusieurs générations d’artistes. »

En 2006, alors qu’elle faisait des recherches de répertoire pour son second album acadien, Tout Passe, Chants d’Acadie, paru chez ATMA Classique et salué par la critique, Suzie a marché des centaines de kilomètres sur le sentier de la côte est de Terre-Neuve et s’est également affairée à rassembler des chants traditionnels de son Nouveau-Brunswick natal — un voyage documenté par le film Suzie LeBlanc : une quête musicale, diffusé partout au pays cette année sur la chaîne « Bravo! ». Suzie a découvert qu’à 21 ans, en 1932, Bishop avait elle-même traversé à pied la péninsule d’Avalon à Terre-Neuve, un périple de trois semaines.

La première rencontre entre Suzie LeBlanc et l’œuvre d’Elizabeth Bishop a été un peu le fruit du hasard. « Je n’avais jamais lu sa poésie auparavant, nous apprend-elle. J’étais en visite à Great Village, Nouvelle-Écosse, où elle avait passé une partie de son enfance. Au sous-sol d’une église où des amis répétaient en vue d’un concert, je suis tombée sur un feuillet qui parlait d’elle et j’ai été intriguée par l’histoire de sa vie et la photographie d’elle. Par la suite, j’ai souvent croisé des gens qui admiraient son œuvre, dont le compositeur canadien Alasdair MacLean, qui me présenta à Sandra Barry, une écrivaine et chercheuse indépendante qui sait tout au sujet d’Elizabeth Bishop. J’ai aussi été frappée par le fait que le centenaire d’Elizabeth en 2011 coïnciderait avec mon 50e anniversaire de naissance, et j’avais prévu travailler sur un projet spécial cette année-là. Puis avec les initiatives et les idées de Sandra pour un festival commémoratif, le Festival du Centenaire Elizabeth Bishop (EB100) est né! »

Et si organiser des célébrations d’une année autour de l’œuvre d’une poétesse reconnue n’était pas suffisant, en plus de ses prestations internationales, Suzie LeBlanc dirige sa propre compagnie d’opéra depuis 2005. Le Nouvel Opéra est né d’une rencontre de plusieurs esprits éclairés, dont le metteur en scène Guillaume Bernardi et des artistes ATMA, dont le chef et claveciniste Alexander Weimann et le contre-ténor Matthew White. La première parution du Nouvel Opéra sur ATMA Classique est consacrée à l’oratorio d’Antonio Caldara La Conversione di Clodoveo, Rè di Francia, avec une distribution entièrement canadienne.

Aujourd’hui, la direction du Nouvel Opéra est partagée en alternance entre Suzie LeBlanc, Alexander Weimann et la metteure en scène Marie-Nathalie Lacoursière. La compagnie se dévoue à la production et à des ateliers autour des répertoires de l’époque baroque comprenant l’opéra, l’oratorio, l’intermezzo, le singspiel et les autres formes d’art où se côtoient la danse, le théâtre, la commedia dell’arte, les arts visuels et le chant. Depuis 2005, Le Nouvel Opéra a présenté en version complète ou en version concert des opéras et des oratorios de Monteverdi, Purcell, Rameau et Mozart à Vancouver, Montréal et en Allemagne. Il tiendra sa troisième série annuelle d’ateliers pour jeunes chanteurs, danseurs et comédiens à Montréal cet été.

Au cours de notre entrevue, Suzie LeBlanc nous a appris que, grâce à une bourse spéciale du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle prendra une année sabbatique en 2012 au cours de laquelle elle ne donnera que très peu de concerts. Il n’est pas étonnant, cependant, que ce congé sabbatique n’est pas un congé du tout, puisque Suzie déborde de projets ambitieux, dont l’amorce de son troisième album acadien. Elle prendra aussi le temps de monter un nouveau programme de récital et, « dans le but de devenir une musicienne plus complète », elle compte travailler sur l’art de s’accompagner soi-même, ce qui semble tout naturel pour cette chanteuse qui a d’abord étudié le clavecin.

Suzie envisage également avec plaisir de recevoir son troisième doctorat honorifique, cette fois de l’université de sa ville natale, Moncton. En songeant à sa carrière à ce stade-ci de sa vie et à sa pléthore de projets, elle dit avoir l’impression « d’être retournée à l’école ». Et bien que ses admirateurs vont s’ennuyer l’année prochaine de sa présence lumineuse sur scène, ils seront sans doute enthousiasmés de découvrir ce qu’elle aura appris.

© Luisa Trisi, 2011
Traduction : Jacques-André Houle
 

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