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Frank Horvat Q et R

 

Frank Horvat, l’un des auteurs de chansons les plus inventifs de la scène contemporaine canadienne, est aussi un compositeur primé dont la musique explore un large éventail de thèmes allant de l’amour aux enjeux de la justice sociale.

Son premier enregistrement chez ATMA, For Those Who Died Trying, présente la création mondiale sur disque de son œuvre The Thailand HRDs, un quatuor à cordes épique en 35 mouvements commandé par l’organisation non gouvernementale Protection International et interprété par le Quatuor Mivos. L’album paraîtra le 16 novembre 2018.

1. Comment la musique est-elle entrée dans votre vie?
J’avais cinq ans. J’étais en visite avec mes parents chez des amis de la famille. Leur fille jouait de l’orgue électrique et j’ai été complètement subjugué. J’ai supplié mes parents de m’offrir des leçons. Ils m’ont amené dans une école de musique où on m’a suggéré de commencer par apprendre l’accordéon (j’étais trop petit pour atteindre le pédalier de l’orgue). Je suis devenu très à l’aise à l’accordéon, puis j’ai commencé le piano… et je n’ai jamais regretté mon choix.

2. À quand remontent vos premiers essais comme compositeur?
Vers l’âge de neuf ans, mon professeur de piano et de théorie musicale m’a encouragé à composer pour parfaire mes connaissances théoriques. J’y ai pris un immense plaisir. Ma première pièce, Sabrina (du nom d’un personnage de la BD Archie), était écrite pour accordéon, basson, synthétiseur et guitare basse. Elle a été inscrite au concours local du Festival de musique Kiwanis. J’ai remporté le premier prix. (J’étais le seul participant dans cette catégorie.)

3. D’où vous vient l’inspiration de vos compositions?
Ça peut sembler un cliché de dire cela, mais elle me vient de PARTOUT! Comme j’écris beaucoup de musique, j’ai tendance à chercher constamment des idées et des inspirations nouvelles. Bien souvent, ma créativité puise à des sources non musicales, surtout si elles parlent d’amour, de triomphe ou d’injustice. Mais parfois, je me concentre simplement sur des motifs et des textures… Au fond, je suis sans doute un peu minimaliste. Les autres formes d’art, en particulier les arts visuels et la littérature, sont très importantes pour moi.

4. Comment vos goûts musicaux ont-ils évolué au fil de votre carrière?
C’est une question délicate, car j’essaie de ne pas avoir conscience de cette évolution : je crains que cela m’amène à composer ce que je pense que le public voudrait entendre. Mon processus compositionnel consiste à m’asseoir et à écrire simplement ce qui me paraît juste sur le moment. Ma musique peut être très tonale ou très dissonante. Il peut aussi bien s’agir d’une miniature que d’une œuvre de 60 minutes. Je crois que c’est pour cela que mon catalogue est aussi varié. Ça complique probablement la tâche de faire « sortir » ma musique, mais en toute franchise, ça ne me dérange pas, parce que je veux surtout que ma musique reflète mes multiples facettes.

J’admets qu’il y a une tendance générale depuis un certain nombre d’années : j’accepte d’écrire de la musique plus calme, plus lente, plus spacieuse. Dans ma jeunesse, je n’aurais probablement pas approuvé une telle démarche; mon plaisir était alors d’assommer l’auditoire avec beaucoup d’intensité et de notes. Mais jeune ou moins jeune, j’ai toujours raffolé des pièces rythmées!

5. Quelles idées fausses les gens ont-ils le plus souvent au sujet de la façon de travailler des compositeurs?
Je ne sais trop; je pense que beaucoup de compositeurs ont des procédés bien à eux. En ce qui me concerne, on s’étonnerait peut-être de voir toutes les modifications que j’apporte. J’adore improviser lors du processus de composition. Cela signifie, en gros, que je lance très vite un tas d’idées; mais il faut ensuite toutes les préparer et les organiser. Parfois, cela devient interminable! Même si ce processus peut sembler fastidieux, je l’aime tout autant que la phase initiale de l’idée brute.

6. Qui a eu l’idée de faire de l’essai photographique For Those Who Died Trying de Luke Duggleby le tremplin de The Thailand HRDs?
C’est arrivé tout à fait par hasard. Je parcourais le site Web du New York Times quand je suis tombé sur un article sur l’essai photographique de Luke Duggleby. Ce que j’ai vu et lu m’a tellement ému que j’ai décidé sur-le-champ de composer une suite de pièces basées sur chacune de ces photos. Je ne sais trop pourquoi, le quatuor à cordes me semblait un type d’instrumentation approprié. J’ai commencé par composer quatre mouvements avant de les présenter, avec beaucoup d’appréhension, à M. Duggleby et à Protection International, sans savoir s’ils apprécieraient cet ajout à leur important projet. Heureusement, ce qu’ils ont entendu leur a plu, et j’ai terminé les 31 autres mouvements pour eux.

7. Quelle interaction avez-vous eue avec Luke Duggleby pendant que vous composiez la pièce?
Absolument aucune. Ses portraits et leurs légendes disaient tout, et la composition s’est faite avec une facilité remarquable. Quand j’ai eu terminé les 35 mouvements, j’ai présenté mes démos MIDI à Luke Duggleby, qui les a beaucoup appréciés. Je suis très, très chanceux d’avoir trouvé une âme créative d’une telle complicité.

8. Comment vous préparez-vous à exécuter une commande comme celle-ci, qui comporte une responsabilité considérable envers la mémoire des victimes?
J’ai réfléchi à cet aspect avant d’amorcer la composition des 31 mouvements qui restaient. Mais quand j’ai plongé dans l’écriture, je n’y ai pas repensé; je savais que j’exprimais ma propre interprétation. Un projet artistique présente toujours le point de vue de l’artiste. En ce sens, bon nombre de mes compositions du volet « justice sociale » expriment très personnellement qui je suis et les sentiments que m’inspirent les sujets. J’ai tendance à ne voir qu’après coup l’impact possible de ma composition sur le plan de la sensibilisation et de l’hommage à ses sujets. J’estime que cette dissociation est un aspect important du processus créatif.

9. Cette pièce a-t-elle été jouée devant public? Dans l’affirmative, quelle a été la réaction de l’auditoire?
La création mondiale a eu lieu plus tôt cette année, au cimetière Mount Pleasant de Toronto. Le Quatuor Mivos a exécuté la pièce en concert la veille du début des séances d’enregistrement. Avant ce jour-là, je n’avais ni rencontré les membres du quatuor ni rien entendu de leur interprétation. Ce fut formidable! Pour un compositeur, la création procède parfois par essais et erreurs, car il faut du temps pour polir les défauts de la composition. Mais les musiciens ont exécuté la pièce comme s’ils l’avaient jouée toute leur vie; c’est comme une collaboration tombée du ciel. L’architecture étonnante de la salle du Souvenir de Mount Pleasant a contribué à rendre l’exécution inspirante. Quand The Thailand HRDs est joué devant public, ce n’est pas qu’un concert. C’est aussi un service commémoratif à la mémoire des victimes, représentées par les photos et la musique. Et son exécution dans un lieu si propice à la contemplation en a fait une expérience très émouvante. J’ai ressenti comme un honneur les nombreux commentaires merveilleux que j’ai reçus, après le concert et en ligne, sur les sentiments que la musique avait inspirés à tout l’auditoire. Cela m’a rappelé l’importance du rôle de la musique dans le deuil. Les victimes représentées sur les photos n’étaient connues personnellement d’aucune des personnes présentes dans la salle ce jour-là, mais toute la présentation a donné à l’auditoire l’impression de connaître ces gens-là. Pour moi, c’est là le mètre-étalon du succès créatif.

10. Quels projets se dessinent à votre horizon?
Comme je l’ai dit, je compose continuellement; j’ai donc toujours quelque chose à communiquer au monde. J’essaie de publier chaque année un nouvel album de compositions. Cet automne, je commence à produire un album de musique de chambre intitulé What Goes Around…, qui repose entièrement sur des idées musicales en boucle. Chaque pièce sera interprétée par un seul musicien, mais le miracle de la technologie lui permettra de se doubler et de créer un effet texturé. J’ai l’immense privilège de travailler à ce projet avec des musiciens fantastiques, notamment Beverley Johnston (percussions), Sharlene Wallace (harpe) et Peter Stoll (clarinettes). Jean Martin (membre du trio Tanya Tagaq) et moi allons collaborer une fois de plus à mettre tout cela en place. Nous espérons publier cet album en 2019.

Actuellement, je compose aussi une comédie musicale sur les aînés, je compose régulièrement de la musique pour le cinéma et la télé, et je joue aussi régulièrement mes compositions pour piano seul en récital. J’aime bien m’asseoir à mon bureau pour faire jaillir des idées musicales, mais je ressens toujours le besoin émotif de jouer ma musique devant public et d’avoir une relation directe avec l’auditoire.

11. Y a-t-il autre chose dont vous aimeriez faire part à nos lecteurs?
Je suis très reconnaissant du fait que tant de merveilleux partenaires issus des quatre coins de la planète se sont réunis, au hasard, pour faire de l’album For Those Who Died Trying une réalité. J’espère que cette musique touchera le cœur des auditeurs, mais aussi qu’elle les motivera à s’engager davantage afin de rendre notre monde meilleur pour tous.

Traduction française : Louis Courteau
 

 

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