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Marina Thibeault répond aux questions d’ATMA

 

L’altiste Marina Thibeault est lauréate de nombreux prix et distinctions, incluant les prix de la Fondation Père Lindsay, les Révélations Radio-Canada et la Fondation Sylva Gelber. En 2015, elle a remporté le premier prix dans la catégorie de cordes du Prix d’Europe et le Concours de concerto de McGill. ELLES, le second album Marina chez ATMA Classique fait la part belle au répertoire pour alto solo et alto et piano (Marie-Ève Scarfone) de compositrices exceptionnelles des XIXe et XXIe siècles : Clara Schumann, Nadia Boulanger, Fanny Hensel, Rebecca Clarke, Lillian Fuchs et Anna Pidgorna. ELLES paraîtra le 8 mars, pour la Journée internationale des femmes.


1. Comment la musique est-elle entrée dans votre vie?

Quand j’avais six ans, nous avions un voisin violoneux d’environ 80 ans. L’été, il passait des heures sur son balcon à jouer des airs folkloriques du Québec. Je sortais ma petite chaise de plastique rouge dans ma cour pour l’écouter. Le Noël suivant, j’ai eu mon premier violon, et j’ai fait faire des danses carrées à ma famille très tôt dans mon parcours musical!


2. Vous avez été la plus jeune élève (neuf ans à peine!) à entrer au Conservatoire de musique de Québec. Comment avez-vous vécu cette expérience?

J’aimais bien être entourée d’élèves plus âgés. La plupart de mes camarades aux cours de solfège, d’histoire de la musique et d’orchestre étaient au collégial. Ils étaient très attentionnés. Le plus difficile, c’était de fréquenter l’école régulière avec des enfants de mon âge. J’avais congé tous les après-midi pour aller répéter et suivre des cours au Conservatoire, et je me souviens que j’avais hâte à « après le dîner »! C’était comme si je menais une double vie!


3. Qui a été votre mentor le plus important, sur le plan musical ou autrement?

Michael Tree, sans contredit. Sa musicalité, sa gentillesse, sa rigueur, sa patience, son écoute… Je crois encore rêver quand je pense à la chance que j’ai eue d’étudier avec lui pendant quatre ans au Curtis Institute of Music. Ses leçons ne se bornaient pas au jeu de l’alto. Ses élèves apprenaient à nourrir chaque phrase musicale et à mettre leur technique au service de la musique; par-dessus tout, son attitude démontrait parfaitement la façon de respecter des normes musicales strictes tout en restant un être humain et un collègue de qualité. Sa sonorité était chaleureuse et envoûtante. Le timbre terreux de sa corde de do résonne encore clairement à mon oreille…


4. Lors d’une récente entrevue, vous avez dit : « Je crois que nous sommes entrés dans l’âge d’or de l’alto. » Pourriez-vous développer cette réflexion au bénéfice de nos lecteurs?

L’arrivée de grands altistes a fait naître le grand répertoire. Il y a d’abord eu Lionel Tertis et William Primrose en Angleterre, puis l’altiste russe Iouri Bachmet et, aujourd’hui, Tabea Zimmermann et Kim Kashkashian. Ces deux dernières avaient de solides relations avec des compositeurs, l’une avec Ligeti, l’autre avec Kurtág, et elles ont énormément contribué à l’évolution de la technique de l’alto et à la promotion musicale de l’instrument. En tant qu’interprètes, nous avons la responsabilité de conforter le statut d’instrument soliste de l’alto en collaborant avec les compositeurs d’aujourd’hui. Nous avons la possibilité de façonner l’instrument, son développement, ses couleurs, que nos altistes de talent à la sonorité minérale, riche, chaude et sensuelle propagent dans tout le monde musical!


5. Quelles sont les idées reçues les plus courantes au sujet de l’alto?

L’alto a plusieurs aspects non conventionnels. Sa taille est étrange : on le compare à un gros violon ou à un petit violoncelle. Il y a 300 ans, il était si gros qu’on l’appelait plutôt « ténor ». À cause de sa dimension qui le rendait très difficile à manier, les compositeurs lui donnaient des lignes d’accompagnement très simples. Compte tenu de ces lignes « inintéressantes », l’alto n’avait pas beaucoup d’attrait pour les instrumentistes; c’étaient donc souvent des violonistes de second ordre qui en jouaient. L’alto moderne est plus petit, et on réduit souvent la taille des instruments d’époque pour faciliter l’exécution des passages qui demandent de la virtuosité.


6. Parlez-nous de votre instrument spécial du XVIIIe siècle.

Je suis très reconnaissante au groupe Canimex, grâce à qui j’ai pu jouer sur plusieurs excellents instruments au fil des ans. Canimex m’a d’abord prêté un magnifique et tout petit Vuillaume (sur lequel j’ai enregistré mon premier album, Toquade), puis un Landolfi, de l’âge d’or de ce luthier (que j’ai utilisé dans l’album ELLES); juste avant Noël, j’ai reçu un grand Ferdinando Alberti Milan, v. 1760, qui a une sonorité très profonde. Je me sens tellement gâtée!


7. Votre répertoire comprend une bonne part d’œuvres de compositeurs contemporains. Est-ce un choix délibéré de votre part?

Absolument. Je dirais que c’est à cause de ce répertoire que j’ai choisi, au départ, de jouer de l’alto. J’ai toujours été attirée par la musique du XXe siècle. Sur le chemin de l’école secondaire, je faisais jouer les concertos pour violon de Chostakovitch et de Stravinsky à plein volume dans l’auto de ma mère! Elle a vraiment été gentille de me supporter pendant cette période!

Le Curtis Institute encourageait fortement les étudiants en interprétation instrumentale à se lier avec les étudiants en composition. J’ai collaboré avec plusieurs d’entre eux. Pendant mes deux dernières années d’études à Curtis, j’ai fait partie du quatuor à cordes 20/21. Nous avons eu la possibilité de jouer pour Joan Tower, John Corigliano et Krzysztof Penderecki, et j’ai beaucoup aimé travailler avec des compositeurs actifs. Ils manifestent toujours beaucoup d’humilité au sujet de leurs œuvres. Les compositeurs sont de vrais humains, et la plupart d’entre eux laissent beaucoup de liberté aux interprètes. Nous avons besoin les uns des autres pour nous réaliser sur le plan artistique, et cette servitude est très gratifiante. Le travail avec les compositeurs d’aujourd’hui a aussi une grande valeur éducative pour ce qui est de la façon d’aborder les compositeurs des siècles passés.


8. Où puisez-vous l’inspiration qui vous aide à progresser dans votre art?

Une ou deux fois par an, je prends l’avion pour Londres, pour jouer devant un être tout à fait particulier. David Takeno est un des pédagogues les plus inspirants de notre temps. Chaque fois que je commence à travailler un concerto ou du nouveau répertoire en vue d’un enregistrement, je vais jouer pour lui.
En février 2018, j’ai passé trois jours intensifs à vivre dans son sous-sol, à prendre des leçons, à regarder les Jeux olympiques de Pyeongchang et à répéter. Je n’aurais pas pu imaginer une meilleure retraite musicale.


9. Si vous n’aviez pas eu la possibilité de faire une carrière musicale, où en seriez-vous aujourd’hui?

À l’école secondaire, j’avais trois options : 1) Curtis, 2) Juilliard, 3) Technique policière au collège Notre-Dame-de-Foy! J’ai été acceptée aux trois établissements, et la musique l’a emporté sur les arrestations… bien que je donne parfois à mes élèves des contraventions pour excès de vitesse!

Sérieusement, je pense que j’aurais aussi beaucoup de plaisir à travailler dans l’industrie de la mode. La possibilité de porter des œuvres d’art et d’incorporer l’art au quotidien me fascine. J’aimerais beaucoup importer des tissus écologiques et équitables et dessiner des vêtements.


10. Parlez-nous de votre magnifique tatouage. Son motif a-t-il un sens particulier?

En 2012, j’ai suivi une formation sur l’enseignement du yoga à l’ashram Sivananda Yoga de Val-Morin, au Québec. Cette expérience m’a tellement transformée que j’ai voulu en garder un souvenir permanent. Sur l’avant-bras, je porte le symbole « om », qui est le son de la création de la Terre, et des fleurs qui en éclosent. À l’intérieur de mon poignet, j’ai mon mantra secret de méditation, en sanskrit.


11. Quels projets avez-vous en vue?

Mon deuxième album sera lancé le 8 mars. Il se compose entièrement de pièces composées par des femmes. J’ai voulu honorer les musiciennes qui ont transformé les siècles passés à titre d’interprètes, de pédagogues et de compositrices. Au printemps, je vais jouer des extraits de ce disque en tournée américaine (à Cleveland, Los Angeles et Long Island). Je me prépare aussi à donner la première nord-américaine du Concerto pour alto de Vasks avec la Sinfonia Toronto, en avril. Il est question d’enregistrer ce concerto avec I Musici pour mon troisième album.

L’été prochain, je serai soliste en résidence à l’Orchestre de la Francophonie, où nous ferons revivre En partage, une œuvre pour alto et orchestre de Gilles Tremblay. Cette œuvre n’a été jouée qu’une seule fois, lors de sa première avec Rivka Golani, Charles Dutoit et l’Orchestre symphonique de Montréal. Nous jouerons En partage au Centre national des arts, au Domaine Forget et dans le cadre d’un nouveau festival dans les Laurentides. Le programme du concert au Domaine Forget comprendra aussi la Symphonie concertante de Mozart, que je jouerai aux côtés du grand violoniste canadien Kerson Leong.


12. Y a-t-il autre chose dont vous aimeriez informer nos lecteurs?

J’ai développé une obsession du tricot l’été dernier, et j’ai commencé récemment à coudre mes propres vêtements. Vous me verrez peut-être porter une de mes propres créations sur scène! J’aime bien m’occuper les mains quand je ne joue pas de l’alto!

 

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